Choisir son cabinet (BOFU)
Expert-comptable obligatoire ou non : la réponse par statut
Par Marie-France Levy, expert-comptable · Publié le · Mis à jour le
En résumé
Aucune loi n'impose de recourir à un expert-comptable, quel que soit le statut. En revanche, la tenue d'une comptabilité, l'établissement des comptes annuels, le dépôt de la liasse fiscale et des comptes au greffe, la paie et les déclarations sociales sont obligatoires, et leur qualité engage le dirigeant. L'expert-comptable inscrit à l'Ordre apporte la présomption de sincérité des comptes, une assurance professionnelle et le conseil.
L'expert-comptable est-il obligatoire ? La question revient à chaque création, et la réponse est la même pour tous les statuts : non. Mais elle est trompeuse, parce que ce qui est obligatoire, ce sont les obligations comptables, fiscales et sociales elles-mêmes, dont l'étendue varie fortement selon le régime. Voici, statut par statut, ce que la loi exige, ce qu'un dirigeant peut faire seul, et ce qu'un cabinet inscrit à l'Ordre apporte en plus.
La règle : jamais obligatoire, souvent indispensable
Le code de commerce et le code général des impôts imposent des obligations comptables et déclaratives ; ils n’imposent pas le recours à un professionnel pour les remplir. Un dirigeant peut tenir seul sa comptabilité, établir ses comptes et déposer ses déclarations. Ce qu’il ne peut pas faire seul, c’est attester ses comptes, bénéficier de la présomption de sincérité attachée à l’intervention d’un expert-comptable inscrit, ni transférer à quelqu’un d’autre la responsabilité d’une erreur.
Deux exceptions historiques ont disparu : la majoration de 25 % du bénéfice imposable pour les entreprises au réel non adhérentes d’un organisme de gestion agréé a été supprimée à compter des revenus 2023, et aucun texte ne subordonne plus un avantage fiscal à l’intervention d’un cabinet.
Statut par statut
| Statut | Obligations comptables | Obligations déclaratives | Faisable seul ? |
|---|---|---|---|
| Micro-entreprise | Livre des recettes, registre des achats (vente), factures | Déclaration de CA mensuelle ou trimestrielle, 2042-C-PRO, CFE | Oui, couramment |
| Entreprise individuelle au réel (BIC ou BNC) | Comptabilité d’engagement (BIC) ou de trésorerie (BNC), inventaire | Liasse 2031 ou 2035, TVA, déclaration sociale, CFE | Possible, rarement sans erreur |
| EURL, SASU, SARL, SAS | Comptabilité d’engagement, bilan, compte de résultat, annexe, inventaire, livres légaux | Liasse 2065 en EDI, TVA, dépôt au greffe, assemblée annuelle, paie du dirigeant assimilé salarié, CFE, CVAE le cas échéant | Difficile |
| SCI à l’IR | Comptabilité de trésorerie recommandée, comptes courants | Déclaration 2072, assemblée annuelle | Possible pour un bien unique |
| SCI à l’IS | Comptabilité d’engagement, bilan | Liasse 2065, dépôt au greffe, assemblée | Difficile |
| Association | Selon la taille et les financements (plan comptable associatif au-delà de seuils) | Comptes annuels, compte rendu financier aux financeurs, publication au JO au-delà de seuils | Selon la taille |
| LMNP au réel | Comptabilité simplifiée, amortissements | Liasse 2031, CFE | Possible, techniquement exigeant |
Ce que le dirigeant seul risque
Les erreurs les plus fréquentes dans les comptabilités tenues sans professionnel : TVA déduite sur des dépenses non éligibles, immobilisations passées en charge, stocks non inventoriés, factures non parvenues oubliées, options fiscales manquées (IS, réel, TVA), liasse déposée hors délai (majoration de 10 %), comptes non déposés au greffe, rémunération du dirigeant sans bulletin ni DSN. Chacune se paie en contrôle, avec intérêts de retard de 0,20 % par mois et majorations de 10 % à 40 %. Les honoraires d’un cabinet, décrits dans honoraires d’expert-comptable : ce que paie vraiment une TPE, sont inférieurs au coût d’une seule de ces erreurs.
Ce que l’expert-comptable apporte, au-delà des obligations
La présomption de sincérité. Les comptes attestés par un expert-comptable inscrit sont présumés réguliers et sincères, ce qui pèse en cas de contrôle et auprès des banques.
L’assurance. Le cabinet est assuré en responsabilité civile professionnelle ; une erreur qui lui est imputable est couverte.
Le conseil. Choix du statut, du régime de TVA, de la rémunération, des investissements, des options fiscales : c’est la partie de la mission qui rapporte le plus, comme le montre quel statut juridique choisir.
Le temps. Un dirigeant qui tient sa comptabilité y consacre trois à six heures par mois ; ce temps a une valeur.
L’anticipation. Un cabinet qui tient les comptes au fil de l’eau voit venir la TVA, l’IS et les tensions de trésorerie ; un dirigeant qui reconstitue sa comptabilité en avril les découvre.
Quand se passer d’un cabinet est raisonnable
Une micro-entreprise sans TVA, sans salarié et sans investissement ; une SCI à l’IR détenant un seul bien loué nu entre deux associés ; une activité accessoire à faible enjeu. Dans ces cas, un logiciel ou un tableur bien tenu suffit, avec un rendez-vous ponctuel au moment d’un changement (seuil, TVA, passage en société). Le cabinet propose cet accompagnement ponctuel, décrit sur la page auto-entrepreneurs et micro-entreprises.
Quand il devient indispensable
Dès qu’il y a une société, un salarié, de la TVA, des stocks, des immobilisations significatives, un financement bancaire, plusieurs associés, une activité réglementée, ou un projet de transmission. À ce stade, la question n’est plus « faut-il un expert-comptable » mais « lequel », traitée dans comment choisir son expert-comptable : 12 critères.
Ce que fait le cabinet
Le Cabinet Levy & Associés liste, lors d’un premier rendez-vous offert, les obligations exactes de votre statut, ce que vous pouvez conserver et ce qu’il est raisonnable de déléguer, puis établit un devis écrit sur ce périmètre. La mission de base est décrite sur la page expertise comptable à Lyon, et les particularités des SCI sur leur page dédiée.
Ce qu’il faut retenir
Aucun statut n’impose un expert-comptable ; tous imposent des obligations comptables, fiscales et sociales dont l’étendue va du simple livre des recettes du micro-entrepreneur à la comptabilité d’engagement, la liasse en EDI, le dépôt au greffe, l’assemblée annuelle et la paie du dirigeant pour une société. Ce qu’apporte un cabinet inscrit à l’Ordre n’est pas la conformité minimale, que certains dirigeants rigoureux atteignent seuls sur des dossiers simples, mais la présomption de sincérité des comptes, l’assurance professionnelle, le conseil sur les options fiscales et sociales, et le temps rendu au dirigeant. La question utile n’est donc pas « suis-je obligé » mais « à partir de quand le coût d’une erreur dépasse-t-il les honoraires » : en pratique, dès qu’il y a une société, un salarié, de la TVA ou un financement bancaire. Le premier rendez-vous, offert, sert à répondre à cette question sur votre situation.
Questions fréquentes
Un auto-entrepreneur a-t-il besoin d'un expert-comptable ?
Non, et rarement en pratique : ses obligations se limitent à un livre des recettes, un registre des achats pour la vente, des factures conformes et une déclaration de chiffre d'affaires. Un cabinet devient utile à l'approche des seuils, au passage à la TVA ou pour simuler le passage en société.
Une SASU ou une EURL peut-elle se passer d'expert-comptable ?
Légalement oui. En pratique, une société doit tenir une comptabilité d'engagement, établir un bilan, un compte de résultat et une annexe, déposer une liasse fiscale en EDI et ses comptes au greffe, tenir une assemblée annuelle, et, en SASU, produire un bulletin de paie pour le président rémunéré. Peu de dirigeants le font seuls sans erreur.
Quelle est la présomption de sincérité ?
Les comptes établis ou attestés par un expert-comptable inscrit bénéficient auprès de l'administration d'une présomption de régularité et de sincérité, ce qui réduit les majorations en cas de rectification et facilite les relations avec les banques. Un dirigeant qui tient seul ses comptes ne bénéficie pas de cette présomption.
Une SCI doit-elle avoir un expert-comptable ?
Non. Une SCI à l'IR dépose une déclaration 2072 sans obligation de bilan ; une SCI à l'IS tient une comptabilité commerciale complète. Dans les deux cas, un suivi des comptes courants et des travaux est indispensable, et la plupart des SCI qui ont plus d'un bien ou plusieurs associés confient leur comptabilité à un cabinet.
Un logiciel en ligne remplace-t-il l'expert-comptable ?
Il remplace la saisie, pas la révision, le conseil ni l'attestation. Un logiciel bien utilisé par un dirigeant rigoureux permet de tenir une comptabilité de TPE simple ; les écritures d'inventaire, les options fiscales, la liasse et la paie restent des sujets où l'erreur coûte plus que les honoraires.
Marie-France Levy
Expert-comptable inscrite au tableau de l'Ordre · Cabinet Levy & Associés, Lyon 6e
Publié le · Mis à jour le
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